Korvo kaj vulpo / Le corbeau et le renard
Article mis en ligne le 11 octobre 2021

KORVO KAJ VULPO

Magistro korv’ sur arbo altsidanta,
En sia bek’ fromaĝon portis.
Magistro vulpo al odor’ flaranta,
Tiele proksimume vortis :
« Saluton korva moŝto mia.
Senfine vi aspektas bela kaj gracia !
Se plie, via voĉo trilas
Agrable kiel plumoj brilas,
Vi estas de 1’ arbaro la feniksa gasto. »
Je tiuj vortoj ekĝojegas korvo vanta ;
Por montri voĉon sen prokrasto
Malfermas larĝan bekon, jen rabaĵ’ falanta.
La vulpo kaptas ĝin kaj diras gi : « Kunulo,
Nu eksciu, ke flatulo
De la kredema aŭskultant’ profitas.
Ĉi tiu lecion’, fromaĝon ja meritas. »
La korvo honta kaj konfuza
Malfruis tro por ĵuri, ke ĝi estos ruza.

Libro I,2
Jean de la Fontaine
8 juil 1621 / 13 avr 1695



Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Jean de La Fontaine